Arrivée au Japon d'un navire transportant du MOX de France

TOKYO, 24 mars - Un navire transportant du combustible nucléaire MOX est arrivé samedi au Japon, après trois mois d'un voyage controversé en provenance de France, a-t-on appris auprès de la compagnie d'électricité Tokyo Electric (Tepco) qui va l'utiliser dans une centrale.

Le Pacific Pintail, navire de la compagnie britannique PNTL, filiale transport de la British Nuclear Fuels (BNFL), de la compagnie française Cogema et de leurs clients japonais, mouille dans le port de Kashiwazaki-Kariwa, près de Niigata (à 220 km au nord de Tokyo).

"Après avoir déchargé le combustible, nous allons le stocker dans un entrepôt pendant plusieurs jours", a indiqué Ichiro Kudo, porte-parole de Tepco pour la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa, la plus puissante au monde.

Environ 300 militants antinucléaires ont manifesté à l'arrivée du navire, qui était cependant difficile d'accès parce que mouillant dans une zone privée gérée directement par Tepco.

Ils brandissaient des banderoles disant : "nous n'avons pas besoin du MOX ! Non aux livraisons de MOX !"

"Il y avait en tout environ 300 manifestants, mais tout s'est passé dans le calme, il n'y a pas eu de frictions, ni de navire de protestation de Greenpeace", a indiqué un porte-parole de la police locale.

L'organisation écologiste s'oppose au transport du MOX, notamment parce que le plutonium qu'il contient peut servir à la fabrication d'armes nucléaires. La Cogema, qui fabrique ce combustible, affirme cependant que la qualité du MOX ne répond pas aux besoins des militaires.

"C'est un scandale que Tepco fasse venir des déchets nucléaires sans prendre toutes les garanties possibles", a protesté Kazue Suzuki, au nom de Greenpeace.

Les garde-côtes japonais ont mobilisé des hélicoptères et des avions tandis que la police a mis à disposition environ 300 hommes pour surveiller la centrale de Tepco qui renferme sept réacteurs.

Le navire avait quitté Cherbourg, dans le nord-ouest de la France, le 19 janvier sous protection des forces de l'ordre en raison des actions répétées de Greenpeace pour s'opposer à son départ.

Le navire a transporté quatre emballages contenant 28 assemblages de combustible MOX, qui est un mélange d'uranium appauvri, issu du processus d'enrichissement de l'uranium destiné aux centrales nucléaires, et de 3% environ de plutonium issu du retraitement des combustibles usés en provenance de centrales japonaises.

Accompagné du navire Pacific Teal, également de la PNTL et comme lui équipé de canons de 30 mm, le Pacific Pintail est passé au large de l'Afrique du Sud, de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande, en dépit des protestations de ces pays.

La cargaison de MOX sera transportée par route à la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa. Elle subira alors les contrôles des autorités avant d'être remise à Tepco.

Le programme d'introduction du MOX au Japon a été repoussé en raison d'un scandale lié à la falsification de contrôles de sécurité d'un stock fourni par BNFL en 1999.

Cette affaire a éclaté alors que le nucléaire était remis en question par l'opinion nippone à la suite de l'accident de criticité survenu dans une usine nucléaire, à Tokaimura (nord de Tokyo), qui a provoqué la mort de deux employés.

Le Japon, dépourvu de matières premières, couvre environ un tiers de ses besoins électriques avec 51 réacteurs nucléaires en opération.

Plusieurs organisations antinucléaires ont saisi la justice pour demander l'interdiction de l'utilisation par Tepco d'un stock de MOX produit en 1999 par la compagnie belge Belgonucléaire. Le tribunal de Fukushima a rejeté vendredi leurs demandes tout en critiquant les deux sociétés à propos des informations données sur leurs contrôles de qualité.