Le Progrès, 26/9/2008: 

Centrale nucléaire du Bugey: les inquiétudes des experts

Un rapport de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) publié hier s'inquiète d'une pollution des sols et de la nappe phréatique autour de plusieurs centrales nucléaires, dont celle du Bugey

Des déchets radioactifs datant des années cinquante et soixante sont à l'origine de contamination du sous-sol et parfois des nappes phréatiques, indique un rapport de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), mis en ligne hier. En cause, des conditions d'entreposage « ne présentant pas un confinement des matières suffisant ». Parmi les sites concernés, pour la plupart les premiers réacteurs nucléaires français, apparaît la centrale du Bugey.

Le rapport identifie la zone dite de « la butte » au sud du site : soit un million de m3 de déblais naturels divers auxquels s'ajoutent « quelques déchets non radioactifs provenant de la construction des différentes tranches, des aéroréfrigérants, des stations de pompage » et des résines des déminéralisateurs amenées entre 1978 et 1982. Mais les analyses radiologiques menées sur les eaux souterraines « ne relèvent rien d'anormal ». Un autre entreposage, proche du réacteur Bugey 1 qui doit être déconstruit, « a été vidé et n'est plus utilisé ».

Existe-t-il alors un risque sanitaire pour la population vivant aux abords de la centrale ? Selon l'IRSN « le Rhône constitue la principale cible d'une pollution éventuelle. De nombreux captages d'eau potables existent le long du Rhône à l'aval du site, soit dans la nappe alluviale, soit directement dans le Rhône ».

Hier soir, Jacques Munier, le directeur de la centrale attendait d'avoir vu le rapport. Mais la préfecture de l'Ain se voulait rassurante indiquant que l'Etat multiplie les contrôles sous l'égide de la Drire. Des contrôles dits « de prévention de la pollution et des risques » à travers l'instruction des demandes d'autorisation d'installations classées (appréciation des modifications apportées par les exploitants à leurs installations, examen d'analyses ou d'études imposées à ces derniers (études de dangers, études de sols, études technico-économiques de gestion de l'eau, etc.) Et des contrôles des installations, directs lors d'inspections sur site ou de contrôles inopinés, ou indirects lors de l'examen de résultats de mesures de rejets polluants à l'émission, des bilans de fonctionnement décennaux consistant en la réactualisation périodique de l'étude d'impact des installations.

Plus de contrôles souhaités. Le code de la santé publique impose aussi aux distributeurs d'eau potable un contrôle annuel de la qualité radiologique de leur eau. Et la centrale du Bugey réalise ses propres analyses de l'eau prélevée dans des puits du site. Elle mesure le tritium et l'ensemble des rayonnements bêta. Les chiffres publiés mensuellement étant inférieurs au seuils réglementaires.

Pas de quoi s'affoler donc ? Voire. « Si les dispositions prises pour la surveillance des nappes phréatiques sous les sites nucléaires sont globalement satisfaisantes, indique le rapport de l'IRSN, une « amélioration de la connaissance de l'hydrogéologie aux abords des sites » est souhaitable. « Aucun bilan national de la qualité radiologique des eaux de consommation n'est disponible » déplore d'ailleurs l'IRSN.

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Criirad : «Il serait temps de réagir»

Le rapport de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) fait, entre autres, état d'une « contamination de la nappe par du tritium observée localement en 1984 » entre la centrale du Bugey et le Rhône. Une contamination qui aurait pour origine des fuites de tuyauteries, qui ont donc été traitées. C'était il y a 24 ans

« Si une telle contamination a été constatée, il devrait y avoir des sanctions. Il serait tout de même temps de réagir », affirme Roland Desbordes, président de la Criirad (Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité) « Et puis, je ne comprends pas qu'il y ait autant de tuyaux percés dans des industries censées être à la pointe de la technologie »

Concernant les sites d'entreposages des déchets, le rapport de l'IRSN précise qu'ils « ne présentent pas un confinement suffisant et sont à l'origine de contaminations du sous-sol proche, voire des nappes phréatiques sous-jacentes ».

Rien de surprenant aux yeux de la Criirad, de son président et de son vice-président Romain Chazel. « Quand j'ai appris l'existence du rapport, ça m'a fait rigoler, lance ce dernier. Ça fait des mois qu'on avait dit aux autorités de faire attention à ces buttes d'entreposage. Jusqu'à présent, rien n'avait été fait. Il était temps ». Et de noter : « Lorsque l'IRSN met en ligne un rapport de 200 pages qui est incompréhensible au commun des mortels, on peut s'interroger sur ce qu'on entend par transparence ».

NOTE : La Criirad tient à préciser qu'elle n'a pas pris connaissance de l'intégralité du rapport et que ces premières réactions n'ont été recueillies que sur la base de brèves informations

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L'IRSN, un institut sous tutelle

Créé en 2002, l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, auteur du rapport, est un établissement public à caractère industriel et commercial placé sous la tutelle conjointe du ministère de l'Ecologie, de l'Energie, du Développement durable et de l'Aménagement du territoire, du ministère de l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi, du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, du ministère de la Défense et du ministère de la Santé, de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative.
Il rassemble près de 1 600 salariés parmi lesquels de nombreux spécialistes, ingénieurs, chercheurs, médecins, agronomes, vétérinaires et techniciens, experts compétents en sûreté nucléaire et en radioprotection ainsi que dans le domaine du contrôle des matières nucléaires sensibles.
L'IRSN est l'expert public en matière de recherche et d'expertise sur les risques nucléaires et radiologiques. Les opposants au nucléaire lui reprochent régulièrement son manque d'indépendance.

 


Le Dauphiné Libéré, 7/5/2008: 

Déchets radioactifs: EDF a choisi le Bugey

La centrale nucléaire du Bugey, située sur le bord du Rhône, regroupe quatre unités de production d'électricité et une unité en cours de déconstruction, comme prévu au programme entrepris par EDF en 2001. Également concernées par ce plan de déconstruction: sept autres tranches nucléaires dites de "première génération", ainsi que le réacteur de Creys-Malville (Isère).

Une installation de conditionnement et d'entreposage. "En conformité avec ce programme de déconstruction, EDF a pour projet de construire une installation provisoire permettant de conditionner et d'entreposer des déchets nucléaires (moyenne activité à vie longue) issus de ces 9 réacteurs en déconstruction, ainsi que certains déchets de même nature provenant des réacteurs en exploitation", explique Jacques Munier, directeur de la centrale du Bugey.

Une solution intermédiaire en attendant que ces déchets soient évacués vers le centre de stockage définitif de l'Andra (Agence Nationale pour la gestion des Déchets radioactifs) prévu dans la loi-programme sur la gestion des matières et déchets radioactifs à l'horizon 2025. Cette solution s'appelle Iceda, soit "Installation de conditionnement et d'entreposage de déchets activés". Un projet programmé sur le site du Bugey. Globalement, le chantier de construction d'Iceda est chiffré à quelques dizaines de millions d'euros. Il devrait débuter en 2008 pour une durée de 3 ou 4 ans.

Afin d'effectuer des essais précis sur le comportement des sous-sols de la zone susceptible d'accueillir le bâtiment Iceda et affiner les calculs, un chantier de mesures et de forage se déroule sur le site jusqu'en juin. Il s'agit de tester, en grandeur nature sur une superficie de 100 m?, les fondations profondes du futur bâtiment. Actuellement sont réalisés des forages dans lesquels sont coulées des colonnes cylindriques de 45 mètres de long en béton armé (inclusions rigides).

Des essais sur le comportement des sous-sols. La prochaine étape sera la construction de deux dalles béton, sur lesquelles des essais vibratoires seront réalisés pendant une quinzaine de jours. Ensuite, place aux tests de tassement, effectués en chargeant les dalles de tonnes de terre amenées par camions depuis une parcelle, propriété d'EDF située à proximité du futur chantier. Le lancement de la construction d'Iceda reste conditionné à l'obtention du décret d'autorisation de création et que le projet a fait l'objet d'une enquête publique durant l'été 2006.

Pourquoi ce site ? Pourquoi EDF a-t-elle choisi le site du Bugey pour cette installation et dans quel contexte ? La centrale du Bugey regroupe quatre unités de production d'électricité et une unité en cours de déconstruction. Pour le transport de ces déchets, le rail a eu la préférence d'EDF, le site de Bugey dispose d'une entrée ferroviaire. Enfin, il fallait un site de production possédant suffisamment de foncier pour ne pas que cela gêne la construction d'autres moyens de production. C'est également le cas du Bugey.

 

REPÈRES

L'instruction
Depuis l'enquête publique de l'été 2006, le processus réglementaire du projet d'implantation d'Icéda suit son cours. Le dossier a été examiné en mars 2007 par l'Autorité de sûreté nucléaire, qui a demandé à EDF des compléments d'analyse et diverses précisions (notamment sur les fondations du bâtiment) pour poursuivre l'instruction visant à délivrer le décret d'autorisation de création.

Le calendrier
2005: Décision d'EDF d'implanter une Iceda (Installation de conditionnement et d'entreposage de déchets activés) à Saint-Vulbas.
2006: Enquête publique.
2008: L'instruction du dossier se pousuit.
2009:
Probable parution du décret d'autorisation de création. Début des travaux de construction de l'Iceda qui, prévus sur 3 ans, devraient générer 200 à 300 emplois.
2012: Mise en service.
2020-25: Fin de la déconstruction de Bugey 1 et des autres réacteurs "première génération".

La déconstruction des centrales
En 2001, EDF décide de déconstruire ses neuf réacteurs définitivement mis à l'arrêt: un à Brennilis (Finistère), trois à Chinon, deux à Saint-Laurent (Touraine), un à Chooz (Meuse), et ceux de Bugey 1 (Ain) et de Creys-Malville (Isère). Pour ce faire, EDF s'engage en octobre 2005 à respecter un délai de 25 ans.

 


Dauphiné Libéré, 27/4/2008: 

ICEDA - Trois mois de tests avant sa construction

La construction de l'installation de conditionnement et d'entreposage de déchets activés (Iceda) est prévue pour 2009 sur le site de la Centrale nucléaire du Bugey, à Lagnieu. Avant d'ériger le bâtiment censé abriter 500 tonnes de déchets radioactifs issus du démantèlement de neuf réacteurs dont Bugey 1, des essais sont nécessaires pour tester le comportement des sous-sols de la zone qui accueillera Iceda. Depuis une dizaine de jours et jusqu'en juin, un chantier est en cours pour construire deux plates-formes et ensuite procéder aux essais. L'une d'elles sera soutenue par neuf colonnes en béton armé, planté à 43 mètres de profondeur. Les résultats des tests vibratoires et de tassement de chacune des plates-formes seront ensuite comparés. Une zone de 100m2 est dévolue à ce chantier complexe, étape incontournable pour obtenir, courant 2009, le décret d'autorisation de construction qui lancera les travaux d'Iceda, dont la mise en service est annoncée pour 2012.

 


Lyon Capitale, 30/08/2005: 

Les déchets français les plus radioactifs pourraient débarquer dans le Bugey

Nucléaire. Un centre d'entreposage des déchets radioactifs est prévu en Rhône-Alpes. Topo sur l'un des plus importants projets nucléaires français de ces prochaines années qui reste encore très discret.

Et si Rhône-Alpes devenait l'une des poubelles radioactives les plus nocives de France ? La question peut se poser à la lecture du dossier que déposera EDF, dans le courant du mois de septembre, à la direction générale de la sûreté nucléaire et de la radioprotection (DGSNR*)

Le fournisseur d'éléctricité français, propriétaire des dix-neuf centrales nucléaires françaises, a décidé, selon nos informations, de construire, dans le Bugey, un site d'entreposage des déchets radioactifs dits à moyenne activité et à longue durée de vie. Autrement dit, les déchets nucléaires parmi les plus inquiétants. Concrètement, EDF s'apprête à démanteler une partie de ses centrales nucléaires, pour la plupart vieillissantes et, dont certaines sont carrément en fin de vie. Or, les déchets les plus dangereux - les pièces métalliques issues du coeur même du réacteur - ne peuvent être entreposées sur aucun site de stockage français existant. Il s'agit donc pour EDF de trouver une solution.

Et c'est le site du Bugey qui semble le mieux adapté. Selon Michel Uhart, directeur de la centrale de l'Ain, le site vient d'être retenu par EDF car "le réacteur 1 du Bugey sera le premier des neuf réacteurs français à être démantelé". En réalité, le Bugey a été choisi pour deux autres raisons : c'est l'un des rares sites en France à encore disposer de terrains libres suffisants, en plus d'être relié à un important réseau de voies ferrées, solution a priori plus sécurisante que la route pour le transport des matières nucléaires.

Résultat, à l'horizon 2011, un hangar de 130 mètres de long par 80 mètres de large et 20 mètres de haut, entièrement bétonné, devrait sortir de terre au sud de la centrale du Bugey. C'est ici que seront entreposées quelques 2 000 tonnes de structures en métal des centrales nucléaires françaises. Ces pièces métalliques radioactives seront enfermées dans des fûts métalliques, eux-mêmes placés dans des coques en béton de vingt centimètres d'épaisseur, elles-mêmes coulées dans du béton, pour être bien sûr.

Ce qui n'empêchera pas d'atteindre un niveau de radioactivité, pour chaque pièce, de l'ordre du million, voire du milliard de becquerels par gramme. "Avant que la radioactivité ne redevienne à son niveau naturel, explique Roland Desbordes, président du laboratoire indépendant de la Criirad, à Valence, il faudra attendre des centaines d'années voire des millions d'années pour certaines déchets étant donné que les déchets à longue durée de vie perdent la moitié de leur radioactivité tous les 30 ans" .

Un site définitif ?
La gestion des déchets radioactifs reste en effet la problématique numéro un du nucléaire. Or, les futurs déchets du Bugey, à vie longue, ne peuvent être stockées en surface que temporairement. Sur le papier, EDF prévoit un stockage d'une quarantaine d'années. Mais les déchets ne seront-ils pas entreposés plus longtemps ? Un débat public national sur le sujet est prévu à partir du 12 septembre. Mais, selon les propos, début juillet, de Christian Bataille - auteur de la loi du même nom sur les déchets radioactifs - il ne concernera que les déchets "présentant la double spécificité haute activité et à longue durée de vie". Autrement dit, nada pour les déchets du Bugey ! En conclusion, la région la plus nucléarisée de France va accueillir des déchets, parmi les plus radioactifs de l'hexagone, dont on ne sait ce qu'ils deviendront à long terme.

* la DGSNR élabore et met en oeuvre la politique du gouvernement dans le domaine du nucléaire.

Guillaume Lamy


Encadré

Vers un débat public ?
Entre la procédure d'autoprisation de création du site d'entreposage et celle de mise enservice, il faut compter, en moyenne, trois ans de discussions. Le dossier d'EDF devra passer par la direction générale de la sûreté nucléaire et de la radioprotection, des experts indépendants et les ministres concernés. Souhaitons que le débat public se saissise de cette question et que politiques et citoyens débattent sur ce dossier capital pour Rhône-Alpes.

Encadré + carte
Les déchets radioactifs en France
Il existe 4 sites principaux de stockage des déchets radioactifs en France. Tous ces sites sont temporaires, avant de trouver une solution pour un stockage définitif.

- L'usine de retraitement de la Hague
Type de déchets : haute et moyenne activité à longue durée de vie (HAMA-VL).
Capacité : 12 420 conteneurs ( Un conteneur mesurant 1,50 m de haut pour 60 cm de diamètre.). Stockage actuel : 8073 conteneurs. Particularités : accueille aussi les déchets étrangers. Surveillé par des lance-missiles.

- Le centre de stockage de la Manche
Type de déchets : faible et moyenne activité et à vie courte (FMA-VC) Capacité : 527 000 m3. Stockage actuel : Saturé. Fermé en 1994.

- Le centre de stockage de Morvilliers
Type de déchets : très faible activité (TFA). Capacité : 650 000 m3. Stockage actuel : 15 000 m3.

- Le centre de stockage de Soulaines
Type de déchets : faible et moyenne activité et à vie courte (FMA-VC). Capacité : 1 000 000 m3. Stockage actuel : 136 562 m3 (au 31/12/2002).