Lettres d'information du Réseau "Sortir du nucléaire"

CIVAUX :

CA BAIGNE PARFOIS DANS L'HUILE (turbine)
MAIS CA NE BAIGNE PLUS DANS L'EAU.

Depuis le remplacement par EDF de ses condenseurs en laiton par des condenseurs en acier, nous sommes confrontés au risque de prolifération dans les eaux de rejet d'amibes pathogènes (Naegleria fowleri) qui sont responsables de méningites foudroyantes. Naturellement rares dans les eaux fraîches des cours d'eau en France, elles adorent les eaux chaudes des centrales et "s'éclatent" littéralement autour de 40°C.

Le problème s'est déjà posé pour ces raisons à Dampierre, à Chooz et à Golfech.
Civaux 1 et 2 ont aussi des condenseurs en acier (le laiton contenait du cuivre bactéricide), et une qualité d'eau particulière qui rend le milieu propice à l'éclosion du problème (papeterie en amont de la centrale qui charge la rivière en matière organique nourrissante, substrat calcaire).

En principe, le moyen de lutte autorisé est une chloration massive des eaux des fleuves. Le trop faible débit de la Vienne (dans les 20m3/s en été) interdit d'utiliser la chloration. En catastrophe, il a fallu envisager un moyen de traitement des eaux de rejet pour éliminer les amibes quand le problème se manifesterait.
Au final, c'est un dispositif de traitement par rayonnement UV qui a été retenu mais n'a toujours pas vraiment fait la preuve de son efficacité et de son innocuité en grandeur nature en période estivale où l'eau est particulièrement chaude et où d'autres amibes abondent.

Le CSHPF (Conseil supérieur d'hygiène publique de France) vient d'autoriser l'utilisation des lampes UV en l'assortissant de précautions supplémentaires :
-soit la baignade est interdite en aval du rejet pendant la durée nécessaire à l'expérimentation,
-soit la baignade est autorisée mais sous réserve de mettre en place en continu, une mesure de désinfection supplémentaire de sécurité par chloration suivi d'une déchloration avant rejet (on voit le schmilblic...) et d'un certain nombre de considérations techniques portant sur l'intensité minimum à respecter pour les UV (60mJ/cm2) même en fin de vie des lampes + un suivi renforcé de la qualités des eaux de baignade + un suivi analytique quotidien des amibes (en amont de la centrale, en aval du dispositif UV, dans les circuits des 2 tranches et dans le rejet de la centrale).

On s'en serait douté : le choix est simple. Interdire la baignade sur 30km correspond certes à une mesure de précaution. Mais cela permet aux autorités de tirer le parapluie et de se laver les mains si il y a pépin. Et pour EDF, c'est la solution idéale parce que cela lui permet de continuer à exploiter et à rejeter. Mais cela ne traite ni le problème de l'eau d'irrigation, ni celui des nappes phréatiques, par suite de l'eau potable.
Quant aux maires qui ont des baignades sur leur commune et ont parfois engagé un surveillant, ils sont maintenant chargés de faire respecter l'arrêté préfectoral !

Ainsi, non seulement
- cette centrale immobilise la production d'hydroélectricité puisqu'elle paralyse la production de 4 barrages en amont qui sont destinés simplement à réguler le niveau de la rivière Vienne pour lui permettre de fonctionner,
- elle pollue allègrement un oued auquel il est arrivé (une année certes exceptionnelle) de couler à la vitesse fulgurante de 1m3/s (là on se demande ce qui arriverait à la centrale si ça se reproduisait et on se demande aussi comment elle a pu arriver là),
- elle séquestre des eaux utilisées par la baignade et
- risque (peut-il en être autrement ?) d'y installer à demeure les fameuses Naegleria fowleri, créant un nouveau problème de santé publique.

En plus des légionnelles dans les panaches, voilà donc un autre risque bactérien dont nous nous serions bien passés.

A noter : Si ce risque nous a échappé jusqu'à ce qu'il se manifeste à Dampierre, vers 1996, il n'en allait pas de même pour EDF qui connaissait parfaitement l'existence de ces bébêtes depuis les années 70, sur des centrales thermiques classiques. Il n'en a jamais été question dans les études d'impact des enquêtes publiques de Civaux... .

En d'autres circonstances on parlerait de tromperie sur la marchandise.
Au cas où on en douterait encore, voilà bien la transparence selon le lobby : c'est omettre d'informer, c'est laisser tellement de trous dans le dossier qu'on peut voir aisément à travers.

Il serait plus que justifié qu'EDF rende public le bilan de ses études et de l'impact du traitement dans le cadre d'une procédure d'enquête publique.


Arrêté no 2000-DASS en date du 16 juin 2000 portant interdiction temporaire des baignades dans la rivière de la Vienne
Le préfet de la Région "Poitou-Charentes", préfet de la Vienne
Vu le code des collectivités territoriales, et notamment son article
L 2215-1;
Vu le code de la santé publique, et notamment son article L 25-3;
Vu l'avis du conseil supérieur d'hygiène publique de France établi en
séance du 6 juin 2000;
Considérant qu'en l'attente des résultats de l'expérimentation permettant à EDF de qualifier le traitement antiamibien des rejets du centre nucléaire de production d'électricité de CIVAUX, il est
souhaitable de prendre des mesures de précaution;
Sur proposition de la sous-préfète, directrice de cabinet du préfet,
ARRETE :
Article 1er : les baignades sont temporairement interdites dans la
rivière de la Vienne entre le CNPE de CIVAUX et la confluence avec le Clain.
Cette mesure prend effet le 17 juin 2000 pour une durée provisoire de deux semaines.
Article 2 : La sous-préfète, directrice de cabinet du préfet, les sous-préfet de CHATELLERAULT et MONTMORILLON, le directeur départemental de la sécurité publique, le lieutenant-colonel,
commandant le groupement de gendarmerie, le directeur départemental des affaires sanitaires et sociales, les maires des communes de CIVAUX, VALDIVIENNE, CHAUVIGNY, BONNES, LA CHAPELLE-MOULIERE, BELLEFONDS, BONNEUIL-MATOURS, VOUNEUIL-sur-VIENNE, CENON, AVAILLES-en-CHATELLERAULT sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent arrêté qui sera inséré au recueil des actes administratifs de la préfecture.

Fait à Poitiers le 16 juin 2000
Le Préfet
Michel DIEFENBACHER