Comment bloquer un train nucléaire sans
violence, en rameutant la police (Le Monde
| 19.06.01)
Premier camp français d'"entraînement
anti-castor"
STRASBOURG, 15 juin - Des
militants d'associations antinucléaires d'Alsace et de
Lorraine se réuniront dimanche "quelque part"
en Moselle pour le "premier camp" français d'"entraînement
anti-castor", du nom des containers de déchets nucléaires,
a-t-on appris vendredi auprès des organisateurs.
Des "instructeurs" allemands viendront "initier
les citoyen(ne)s anti-castors aux diverses méthodes de
blocage des trains de déchets nucléaires",
notamment comment s'enchaîner aux rails de chemin de fer,
a expliqué Gilbert Poirot, membre du réseau Sortir
du nucléaire, porte-parole de cet événement.
"Les manifestants français n'ont pas l'expérience des Allemands, il faut leur apprendre les mesures de sécurité et comment se comporter face à la police", a-t-il ajouté, précisant qu'il prônait la non-violence pour ces actions.
Depuis la reprise des transports de déchets nucléaires entre les centrales allemandes et l'usine de retraitement de La Hague (Manche) en avril, les associations antinucléaires allemandes et françaises se sont mobilisées contre le passage des convois.
M. Poirot a également indiqué que d'autre camps seraient organisés dans les semaines à venir, dans d'autres régions traversées par les convois.
Les rudiments du sit-in expliqués aux militants "anti-castors"
SARRALBE (Moselle), 17 juin - "N'oubliez jamais, l'ennemi, ce n'est pas
la police, c'est le nucléaire!" : avec ces fortes
paroles, Markus, l'instructeur allemand, calme l'ardeur des militants
antinucléaires français tentés d'en découdre
avec l'uniforme.
Dimanche, sur une voie ferrée désaffectée
et sous l'oeil attentif d'une demi-douzaine de gendarmes, une
trentaine de militants en combinaisons jaunes ou blanches antinucléaires
s'essayent aux méthodes du "combat non-violent",
à l'occasion du premier camp d'entraînement de ce
type jamais organisé en France.
L'objectif : apprendre comment s'opposer au passage des trains de déchets nucléaires, "castors" (nom des conteneurs), en s'appuyant sur la riche expérience des Allemands. Le stage comporte une partie théorique de deux heures, suivie par la pratique sur la voie ferrée.
Parmi les "élèves" de tous âges, une élue de la périphérie strasbourgeoise, Andrée Munchinbach, conseillère municipale sur la liste Schiltigheim-Ecologie qui s'est promis d'organiser à la rentrée une réunion d'information, afin de mobiliser un peu plus la population alsacienne contre le passage des trains nucléaires.
Markus, l'instructeur qui a récemment rencontré José Bové et qui a fait la plupart des manifs anti-castors en Allemagne, propose un jeu de rôles. Les militants se partagent en deux groupes, jouant alternativement les bloqueurs de voie et les policiers.
Tentation de violence
Au signal de l'arrivée fictive du train, une dizaine de militants disposent des objets divers sur la voie, des banderoles géantes anti-nucléaires, des X jaunes, symbolisant leur lutte.
Ils s'étendent sur la voie en enchevêtrant leurs membres.
"Le but, c'est de rester collés ensemble le plus longtemps possible", dit Michel Daniel, qui milite aussi contre l'enfouissement des déchets nucléaires à Bure (Meuse). "En mars, à Gorleben (nord de l'Allemagne), la police m'a cassé une dent en m'ouvrant la bouche pour me décoller des autres", raconte-t-il.
Arrivent au trot les faux policiers. Ils s'escriment à séparer les corps et à les déposer le long de la voie, tandis que les militants hurlent leur prétendue douleur pour les caméras des télévisions.
"Au briefing", lance Markus après l'exercice, en appelant les militants à exprimer leurs sentiments.
"C'est très difficile de manipuler de la matière humaine sans la blesser. C'est lourd, la tentation de violence est très forte", dit un faux policier.
Un autre regrette les chants entendus dans les manifestations en Allemagne.
Markus : "l'exercice n'est pas très réaliste, mais ça donne une idée. Dans la réalité, on a peur des policiers et très vite, on s'en va. Ca ne vaut pas le coup de se faire blesser".
La sécurité est le souci majeur des instructeurs. Elle demande énormément de préparation en amont, rappelle Michael McGee, de l'organisation Greenpeace (Strasbourg). "C'est pas la peine de se faire tuer pour une raison symbolique", insiste-t-il.
A la fin du stage, juste avant que des trombes d'eau inondent le camp, est faite une démonstration de "non-violence active", à ne pas confondre avec "guérilla", selon les militants. Deux écologistes menottent leurs mains à l'intérieur d'un tube d'acier enfoui sous les rails.
Hésitation dans les rangs : les risques physiques et les conséquences judiciaires de ce type d'action en font réfléchir plus d'un.