Le 16 mars 1979 sortait aux
Etats-Unis, dans 663 salles simultanément, un film prémonitoire
le "Syndrome Chinois" qui avait
pour thème un accident dans une centrale nucléaire
qui manque de tourner à la catastrophe, risquant d'entraîner
la fusion du coeur du réacteur qui s'enfoncerait alors
dans la terre avec une telle puissance qu'il se retrouverait en
Chine (d'où le titre du film). La sortie du film avait déclenché de
nombreuses protestations de la part des compagnies d'électricité
et des constructeurs de réacteurs nucléaires. Quinze
jours plus tard, l'Amérique fût persuadée
que le "Syndrome Chinois" était plus qu'un film
de fiction et presque un documentaire. Le 28 mars 1979, à 8 heures
du matin se produisit à la centrale nucléaire civile de Three
Mile Island, un accident
(non prévu dans la liste des accidents "étudiés"
par les autorités de sûreté) résultant
de l'enchaînement, estimé très improbable,
d'une défaillance de matériel, d'une faute de maintenance
non prévue à la conception, de deux erreurs de conception
(au moins) et de la non-validité de la "procédure
de conduite" fournie aux opérateurs
(voir "Three
Mile Island, accident nucléaire" Youtube, 51mn, basse définition).
La gravité de la situation et la confusion ont poussé
la Commission de Réglementation Nucléaire à
instaurer du début à la fin des événements
une permanence qui n'a été qu'une succession, chaotique,
informe et souvent interrompue d'entretiens, dont les larges extraits
suivants (qui se lisent comme un véritable roman policier):
extrait 1; extrait 2;
extrait
3 permettent de mieux
comprendre l'accident.
Après l'accident de TMI, des associations de citoyens ont intenté
un procès à
la compagnie exploitante, la Metropolitan Edison. D'une certaine
façon tout
le monde savait qu'un
accident arriverait un jour, très exactement
le jour où un grand nombre de réacteurs nucléaires
serait en service, TMI a peut-être été le
coup de grâce pour l'énergie nucléaire américaine
mais il a frappé une industrie déjà mal en
point dont le
déclin était amorcé en 1974.
"Le Dr Robert Weber, vétérinaire de campagne qui pratique dans la région depuis plus de trente-deux ans, est lui aussi perplexe: « Autrefois, dit-il, je faisais une césarienne par an ; maintenant j'en fais une tous les quinze jours. De même, la proportion de bêtes mort-nées est devenue beaucoup plus importante ». Il avait demandé au département de l'Agriculture de faire procéder à des analyses des sols, « mais personne n'a jamais voulu m'entendre », ajoute-t-il."
TMI c'est entre 2 et 100 cancers parmi la population, et environs 242 morts supplémentaires parmi les enfants nés en Pennsylvanie et 430 pour l'ensemble du Nord-Est des Etats-Unis.
On apprit, plusieurs années après que l'accident fut un "mishap" (un raté) comme disent les américains, à moins d'une heure près, la fusion du coeur aurait pu être totale.
Lire:
- Ce que serait l'accident majeur
- Les 14 failles des centrales atomiques
- L'incident de Pennsylvanie à notre porte (Ecologie n°313 26avril - 9mai 1979 en pdf)
- Communiqué CFDT suite à l'accident de Three Mile Island (2 avril 1979 en pdf)
- TMI: Le "nettoyage" sera ardu
A la suite de l'accident de Three Mile Island (TMI) en 1979, le Laboratoire National de Sandia a estimé les conséquences potentielles pour des accidents de réacteurs qui aboutissent au rejet de grandes quantités de radioactivité dans l'atmosphère. Pour chaque centrale nucléaire qui était alors en exploitation ou en voie d'achèvement, le laboratoire Sandia a défini la quantité de radioactivité qui pourrait être rejetée à la suite d'un accident majeur, mais aussi les conditions météorologiques de la région et populations vivant dans la zone située sous le panache radioactif issu de la centrale. Sandia a alors estimé le nombre de personnes qui mourraient dans l'année ou auraient des problèmes de santé à cause des expositions ionisantes. Sandia a également estimé le nombre de personnes qui trouveraient la mort par la suite de maladies radio-induites comme le cancer. Les estimations des premiers cas de décès peu après un accident se chiffrent à environ 700 pour un petit réacteur et jusqu'à 100 000 pour les plus gros réacteurs. Les estimations de décès par cancers vont de 3 000 à 4 0000. Les estimations de morbidité générale vont de 4 000 à 610 000. A titre de comparaison, la bombe atomique larguée sur Hiroshima a causé la mort de 140 000 personnes, et celle tombée sur Nagasaki a tué 70 000 personnes.
Extrait de Etudes de risques sur les centrales nucléaires : affligeant !, IEER, David Lochbaum.