A Toulon, la « Royale » devra jouer la transparence sur ses déchets radioactifs

TOULON de notre correspondant

Alain Richard a décidé de jouer « la transparence », selon la formule de Robert Gaïa, député PS du Var, dans l'affaire des rejets en mer d'effluents provenant des eaux de refroidissement des moteurs à propulsion des six sous-marins nucléaires d'attaque, basés à Toulon, et du porte-avions Charles-de-Gaulle, qui s'apprête à les rejoindre (Le Monde du 19 août).

Le 20 octobre, le ministre de la défense a fait parvenir une réponse détaillée à une lettre de l'élu socialiste. Même s'il assure que ces rejets - depuis septembre, via un émissaire d'évacuation de 400 mètres de long - ne présentent aucun danger, M. Richard admet qu'ils suscitent « un vif émoi » dans la population toulonnaise. Gilles Vincent, maire (DL) de Saint-Mandrier, petit port de la presqu'île sur laquelle a été édifié l'émissaire d'évacuation, n'avait pu obtenir d'informations précises: ces installations étaient couvertes par un décret « confidentiel défense » et il avait fallu attendre le 2 septembre pour que l'amiral Philippe Roy, préfet maritime de la Méditerranée, tente, au cours d'une conférence de presse, de rassurer les populations, sans vraiment y parvenir. D'où l'intervention de M. Gaïa auprès du ministre qui, dans son courrier, annonce une mesure exceptionnelle: la déclassification des études de courants marins, « déterminantes pour évaluer a priori l'impact des effluents à proximité du cap Cépet » où est construit l'émissaire. Le ministre affirme également qu'à sa demande une « réduction » des limites de radioactivité des effluents de la marine est « à l'étude ». Enfin, M. Richard se déclare «favorable à la mise en place d'une balise civile de détection de radioactivité à proximité du point de rejet ».

RÉFÉRENDUM

Sur ce dernier point, il semble accéder à un souci d'Odette Casanova, autre député socialiste varois qui, dès le début de cette affaire, s'était rangée du côté des associations de défense de l'environnement. Le 4 octobre, Mme, Casanova avait invité Michèle Rivasi, député PS de la Drôme et fondatrice en 1986 de la commission de recherche et d'informations indépendantes sur la radioactivité (Criirad). Celle-ci avait alors estimé nécessaire « de créer une commission locale d'informations et d'avoir ses propres laboratoires d'analyses, ses propres experts » et suggéré la mise en place de telles balises.

Dans le même temps, le, maire de Saint-Mandrier décidait d'organiser un référendum auprès de sa population (5 200 personnes dont 20 % de marins). Aujourd'hui, il affirme que « les bons sentiments du ministre ne sont pas de nature à changer quoi que ce soit » et que la consultation aura bien lieu du 29 novembre au 4 décembre. Tout en récusant l'idée d'une opération politique, Gilles Vincent, qui a une formation d'ingénieur et est passé par le centre d'étude et de recherche nucléaire de Genève, affirme : « Les eaux proviennent des circuits secondaires, mais également primaires, et du refroidissement du combustible. Jusqu'alors, elles étaient trêtées au centre atomique de Cadarache pour un montant de 7,5 millions de francs [1,14 million d'euros] en 1998 et la facture aurait été de 10 millions de francs [1,52 million d'euros] avec le Charles- de-Gaulle. » « C'est, conclut-il, une affaire d'économies dans laquelle on ne tient aucun compte de la santé et de la vie des populations. »

Depuis septembre, la municipalité affirme avoir fait appel à quatre experts, dont aucun n'a pu l'assurer que ces rejets seraient sans risque, compte tenu, notamment, du courant profond ramenant les déchets vers la côte et de la présence d'une flore importante, dont certaines algues fixant la radioactivité. A ce jour, une pétition contre l'émissaire a recueilli 7 000 signatures, dont celles de matelots et d'officiers de marine.

José Lenzini
Le Monde mardi 26 octobre 1999